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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/431

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les cahiers

d’officiers, car les simples officiers n’étaient que soldats (il fallait être officier supérieur pour être capitaine d’une compagnie de cent officiers) : « Je viens, capitaine, réclamer les 300 francs qui me sont dus. — Comment vous nommez-vous ? — Coignet. » Il regarde sur sa feuille et trouve mon nom : « Je n’ai plus d’argent, il fallait vous trouver avec les autres. — Mais vous avez mon argent. — Je vous dis que la paye est terminée. — Ça suffit, capitaine, je vais voir cela. »

C’était un vieil émigré qui s’était présenté à l’Empereur pour reprendre du service et qui avait été mis en activité. Je rends compte au général Bertrand du désappointement que j’avais eu : « Ce n’est pas possible ! ce vieux chevalier ne veut pas vous payer ? — Du tout, mon général. — Eh bien ! je vais vous donner un petit poulet pour lui. » Je reviens avec la lettre : « Capitaine, il ne faut pas de broche pour faire cuire ce poulet, il est tout plumé. » Son aide de camp debout près de lui, il lit le petit billet, et se retournant de mon côté : « Pourquoi avoir été aux Tuileries ? ce n’est pas votre place. — Pardonnez, capitaine, je suis vaguemestre général et fourrier du Palais, c’est moi qui suis chargé du logement de l’armée. Je vous promets de vous loger de la même manière que vous m’avez reçu. Mes 300 francs, s’il vous plaît. » Je fus payé de suite et portai cet argent à mon frère ; je fus chercher mes coupons pour toucher mes rations de four-