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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/43

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LES CAHIERS

tombent comme la foudre, et dans un moment le loup est étranglé. Jugez de ma joie d’avoir mon mouton, et ce monstre qui gisait sur le carreau !

Enfin je servis de chien à la bergère pendant un an. C’était moi qui ramassais les miches de la semaine. De là, je pars pour la foire d’Entrains. Je suis loué pour trente francs, une blouse, une paire de sabots, au village des Bardins, près de Menou, chez deux vieux propriétaires qui exploitaient des bois sur les ports, et qui gagnaient de douze à quinze cents francs avec mes deux bras.

Il y avait douze bêtes à cornes, dont six bœufs. L’hiver, je battais à la grange, et couchais sur la paille. La vermine s’était emparée de moi ; j’étais dans la misère la plus complète.

Le 1er mai, je partais avec mes trois voitures pour mener de la moulée sur les ports, et de là au pâturage. Tous les soirs, je voyais mon maître apporter ma miche pour mes vingt-quatre heures, qui consistait en une omelette de deux œufs cuite avec des poireaux et de l’huile de chènevis. Je ne rentrais à la maison que le jour de la Saint-Martin, où l’on me faisait l’honneur de me donner un morceau de salé.

En belle saison, je couchais dans les beaux bois de Mme de Damas. J’avais mon favori, c’était le plus doux de mes six bœufs. Aussitôt était-il couché, que j’étais vers mon camarade ; je commençais par ôter mes sabots et fourrer