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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/423

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les cahiers

un petit homme enveloppé dans une robe de chambre, faisant des grimaces comme un chat pris au piège. Ce vieillard souffrait tellement de la goutte qu’il ne pouvait bouger, il lit ma lettre cependant, mais arrive son médecin qui lui trouve le pied enflé : « Il faut vous mettre des sangsues. — Combien ? Vous ne le savez pas, répond le docteur,… autant qu’il y a d’avoués à Auxerre. » (On disait qu’il faisait trembler tous les avoués.) Je me rendis chez le président ; ce bon vieillard me reçut affablement : « Voilà une lettre du ministre de la justice pour vous. — Voyons », me dit-il. — Après lecture : « Vous connaissez donc le ministre ? — Je connais le prince de Cambacérès. — Votre affaire sera terminée sous peu. — Il est temps : dix-sept ans, c’est long. — C’est vrai », dit-il.

Je pris mon mal en patience et j’attendis mon sort de la justice des hommes ; je me casai dans un modique logement que je ne payais pas. Je louai un lit de sangle, un matelas ; dans cette maison inhabitée, par bonheur, il y avait une petite écurie pour mon cheval. Le dimanche arrivé, il fallait aller à la messe pour ne pas être rejeté de la modique demi-solde. J’allai trouver le général et de là chez M. de Goyon. Le premier du mois, il fallait se présenter chez le payeur pour recevoir ses soixante-treize francs. On nous retint deux et demi pour cent d’avance sur notre croix, et tout doucement, ils frappé-