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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/416

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pas à deux pas, et il était si fatigué de la journée de Craonne qu’il demanda sa peau d’ours et s’allongea près du bon feu ; nous tous en silence à le contempler. Les Russes prirent l’avance à dix heures du soir ; ils firent une sortie avec une fusillade épouvantable sur notre gauche ; l’Empereur se leva furieux : « Que se passe-t-il par là ? — C’est un hourra, Sire, lui répond son aide de camp. — Où est un tel ? (C’était un capitaine commandant une batterie de 16.) — Le voilà, Sire ! » lui dit-on.

Il approche de l’Empereur : « Où sont tes pièces ? — Sur la route. — Va les faire venir. — Je ne puis passer, lui dit-il, l’artillerie de la ligne est devant moi. — Il faut renverser toutes ces pièces dans les fossés, il faut que je sois à minuit dans Reims. Tu es un c… si tu ne perces pas les portes de Reims. Allez, nous dit-il, renversez tout dans les fossés. »

Nous voilà tous partis. Arrivés près des pièces et des caissons, au lieu de les renverser, nous les portâmes sur le côté avec tous les canonniers et les soldats du train. Tout cela fut fait à la minute et les 16 pièces passèrent sous les regards de l’Empereur qui les voyait passer tournant le derrière à son feu. Elles se mirent en batterie à droite de la route dans une belle place, face à la porte. L’on ne voyait pas d’un pas, et le malheur voulut qu’il se trouvât deux pièces en batterie près des portes, en cas de sortie de la