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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/398

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aide de camp arrive au galop : « Partez de suite, capitaine. Portez-vous derrière la rivière, c’est l’ordre de l’Empereur. Suivez les boulevards et la grande chaussée. »

Je pars en plaçant le premier piqueur à la tète de mes attelages. Près du boulevard, je trouve une pièce de canon attelée de quatre chevaux et deux soldats : « Que faites-vous là ? » leur criai-je. — Ils me disent en italien : « Ils sont morts (les canonniers). — Mettez-vous à la tête des voitures. Je vous sauverai. Allons ! au galop, prenez la tête ! » Je me trouvais fier d’avoir cette pièce pour ouvrir ma marche.

Une fois sur le premier boulevard, je donne l’ordre de ne pas se laisser couper, mais là le plus grand péril nous attendait. Arrivé sur le second boulevard, je vais me faire donner du feu à un bivac au bas côté de la promenade ; ma pipe n’est pas plutôt allumée qu’un obus tombe près de moi. Mon cheval fait un saut ; je ne perds pas l’équilibre, mais voilà les boulets qui traversent mes voitures. Un vent terrible régnait ; je ne pouvais pas maintenir mon chapeau sur ma tête. Je le prends, je le jette dans la première voiture. Tirant mon sabre et me portant le long des attelages, je criais : « Messieurs les piqueurs, maintenez vos postillons ; le premier qui mettra pied à terre, il faut lui brûler la cervelle. Vos pistolets au poing ! quant à moi, le premier qui bouge, je lui fends la tête ;