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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/394

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doute est prise. » La pluie tombant par torrents, ils se rendirent à discrétion, et mon gaillard les ramena au milieu de sa compagnie.

Je cours près de mon camarade (car nous sortions de la même compagnie), je l’embrasse, le prends par le bras et le conduis à l’Empereur qui avait fait signe à Gagnard de monter près de lui : « Eh bien ! je suis content de toi. Tu vas passer dans mes vieux grognards ; ton premier lieutenant sera capitaine ; ton sous-lieutenant, lieutenant, et ton sergent-major, sous-lieutenant. Va garder tes prisonniers. » La pluie tombait si fort que le chapeau de l’Empereur lui tombait sur les épaules.

Sitôt la redoute prise, la vieille garde sortit de la ville, et vint prendre sa ligne de bataille ; toutes nos troupes étaient en ligne dans des bas-fonds et notre droite appuyée sur la route de France ; l’Empereur nous fit partir à trois pour porter des ordres sur toute la ligne pour l’attaque. Je fus envoyé à la division de cuirassiers ; arrivé de ma mission, je rentre près de l’Empereur. Il avait dans sa redoute une très longue lorgnette sur pivot, et à chaque instant il regardait dedans. Ses généraux regardaient aussi tandis que, avec sa petite lorgnette à la main, il voyait les grands mouvements. Notre aile droite gagnait du terrain, nos soldats étaient maîtres de la route de France, et l’Empereur prenait sa prise de tabac dans la poche de sa petite veste.