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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/382

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être reconnaissante. Nous eûmes le bonheur d’être sous le commandement du prince Eugène qui fit tous ses efforts pour réunir nos débris.

À Kœnigsberg, nous trouvâmes des factionnaires prussiens qui insultaient nos malheureux soldats sans armes ; toutes les portes leur étaient fermées ; ils mouraient sur le pavé de froid et de faim. Je me portai de suite avec mes deux camarades à l’hôtel de ville ; personne ne pouvait approcher ; je fis voir ma décoration, mes épaulettes, et l’on me fit passer par la croisée ; on me donna trois billets de logement et nous ni mes dans le meilleur. On ne nous parla de rien ; on se mit à nous regarder. Ils étaient à dîner ; voyant ce sang-froid de leur part, je tire 20 francs et leur dis : « Faites-nous donner à manger, nous vous donnerons 20 francs par jour. — Ça suffit, dit le maître. Je vais vous faire allumer un poêle dans cette chambre, vous faire mettre de la paille et des draps. »

On nous servit un potage de suite, et on nous donna à manger pour 30 francs par jour, non compris le café (1 franc par homme). Ce Prussien eut la bonté de loger nos chevaux et de leur faire donner leurs rations. Les pauvres bêtes n’avaient pas mangé de foin et d’avoine depuis Vilna ; comme elles étaient heureuses de pouvoir mordre dans une botte de foin ! Et nous, bien heureux de coucher sur la paille, dans une chambre chaude ! Je fis venir de suite un méde-