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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/366

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voir de belles fourrures en renard de Sibérie. J’eus l’imprudence de lui montrer la mienne, et il exigea de moi de la changer pour une de renard de Sibérie ; la mienne était de zibeline, mais il fallut céder. Je craignais sa vengeance. Il eut la barbarie de m’en dépouiller pour la vendre au prince Murât trois mille francs. Ce pillard d’églises déshonorait le nom français ; aussi je l’ai vu près de Vilna tomber raide mort gelé ! Dieu l’a puni, et ses domestiques sautèrent sur lui pour le dévaliser.

Tous les hôpitaux de Moscou sont sous voûtes rondes ; Russes et Français mouraient dans ces lieux infects ; tous les matins, on en chargeait des voitures et il fallait présider à cet enlèvement, faire renverser ces charrettes dans des trous de 20 pieds de profondeur. On ne peut se faire une idée de pareils tableaux. Après l’incendie, on lit faire un relevé des maisons brûlées ; le chiffre montait à dix mille, et les palais et églises, à plus de cinq cents. Il ne restait que les cheminées et les poêles qui sont très grands ; c’était comme une forêt coupée ; il ne reste que les baliveaux. On pouvait y mettre la charrue, car il n’y avait pas une pierre en fondation.

Les palais occupaient la moitié de la ville avec des parcs, des ruisseaux, des serres considérables qui contenaient des arbres à haute tige et des fruits en hiver ; c’était le luxe de