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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/363

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les cahiers

ques disposées de manière à pouvoir la voir. J’ai monté dans le tombeau des empereurs ; j’ai vu la cloche qui remplace celle dont j’ai parlé ; elle est aussi monstrueuse, le battant est un morceau sans pareil ; des milliers de noms sont inscrits sur cette cloche. Une belle rue, partant du Kremlin, aboutit sur un beau boulevard ; de riches palais en font le tour. Cette partie ne fut pas incendiée et devint notre refuge.

Lorsque j’eus rempli la mission qui m’était confiée, j’attendis l’Empereur, mais en vain ; il ne vint pas. Il avait établi son quartier général dans le faubourg ; la garde vint s’emparer du palais et relever mes quatre gendarmes. Passant sur la place du Kremlin, je trouve des soldats chargés de fourrures et de peaux d’ours ; je les arrête et marchande leurs belles pelisses : « Combien celle-ci ? — 40 francs. » Elles étaient en zibeline. Je m’en empare et lui donne le prix convenu : « Et cette peau d’ours ? — 40 francs. — Les voilà. »

Quelle bonne rencontre que ces deux objets d’un prix inestimable pour moi ! Je partis avec mes gendarmes chez mon général russe. L’Empereur fut forcé dans la nuit de quitter son quartier générai du faubourg pour venir habiter le Kremlin par suite de l’incendie qui se manifestait dans les deux parties des villes basses ; il fallait un monde considérable pour pouvoir mettre le feu dans tous les quartiers à