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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/361

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les cahiers

neuse descend en pente assez rapide et fait face à un grand pont d’une longueur démesurée, bâti sur pilotis, sans eau ; il ne sert qu’à la fonte des neiges. Arrivés près du pont, nous trouvons les autorités et un général russe qui présentèrent les clefs au prince ; après les cérémonies d’usage, le prince donna une boîte enrichie de diamants au général russe, et nous entrâmes par une belle rue large et bien bâtie. Nous étions précédés de quatre pièces de canon, d’un bataillon et d’un piquet de cavalerie ; tout le peuple était aux croisées pour nous voir passer ; des dames nous présentaient des bouteilles, mais personne ne s’arrêtait. Nous avancions au petit pas ; arrivés au bout de cette immense rue, on arrive au pied du Kremlin. Pour y monter, c’est rapide ; c’est un château fort qui domine la ville, divisée en deux parties qui sont, on peut le dire, deux villes basses d’une grandeur immense. Sur le sommet, à droite, se trouve le beau palais des empereurs. Sur la place du Kremlin, à gauche, un grand arsenal ; à droite, l’église qui est adossée au palais, et en face de cette place, un hôtel de ville magnifique. Comme nous détournions à droite, nous fûmes assaillis d’une grêle de balles parties des croisées de l’Arsenal. Nous fîmes demi-tour ; les portes furent enfoncées ; le rez-de-chaussée et le premier étaient remplis de soldats et de paysans ivres, il s’ensuivit un carnage ; ceux qui échappèrent furent mis dans