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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/359

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les cahiers

Tout le monde riait de mon chapeau avec une seule corne. Je n’en étais pas fier, car on rit de tout. L’Empereur demanda sa peau d’ours ; comme il se trouvait sur la pente du ravin, il était couché et presque debout. Là vinrent les officiers pris dans les redoutes, escortés d’une compagnie de grenadiers, lis furent mis sur un rang par ordre de grade. L’Empereur les passa en revue, et leur demanda si ses soldats leur avaient pris quelque chose ; ils répondirent que pas un soldat ne les avait touchés. Un vieux grenadier de la compagnie sort du rang et dit en présentant son arme à l’Empereur : « C’est moi qui ai pris cet officier supérieur. » L’Empereur reçoit toutes les déclarations du grenadier et fait prendre son nom.

« Et ton capitaine, qu’a-t-il fait ? — Il est entré le premier dans la troisième redoute. » L’Empereur lui dit : « Je te nomme chef de bataillon, et tes officiers auront la croix. Commandant, ajoute-t-il, fais faire par le flanc droit, et partez au champ d’honneur. » On crie : « Vive l’Empereur ! » et ils volèrent rejoindre leur aigle. Nous passâmes la nuit sur le champ de bataille, et le lendemain l’Empereur fit ramasser les blessés. Nous traversâmes le champ de bataille, cela faisait frémir ; les fusils russes couvraient la terre ; près de leurs grandes ambulances on voyait des piles de cadavres ; les membres détachés du tronc étaient en tas. Murât les pour-