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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/336

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Après un peu de repos, l’armée se porta en avant dans des forêts immenses qu’il fallut fouiller, par crainte de quelques embûches de l’ennemi. Une armée n’y peut marcher qu’à pas comptés, pour n’être pas coupée. Avant son départ, l’Empereur fit partir les chasseurs de sa garde, et nous restâmes près de lui. Le 13 juillet, il donna l’ordre de lui présenter 22 sous-officiers pour passer lieutenants dans la ligne. Comme les chasseurs étaient partis, toutes les promotions tombèrent sur nous ; il fallait se trouver sur la place à deux heures pour être présenté à l’Empereur. A midi, je me trouvai sur la place revenant avec mon paquet de lettres sous le bras pour les distribuer. Le major Belcourt me prit par le bras, et me serrant fortement : « Mon brave, vous passerez aujourd’hui lieutenant dans la ligne. — Je vous remercie, je ne veux pas retourner dans la ligne. — Je vous dis, moi, que vous porterez aujourd’hui des épaulettes de lieutenant. Je vous donne ma parole que si l’Empereur vous fait passer dans la ligne, je vous fais revenir dans la garde. Ainsi, pas de réplique ! à deux heures sur la place, sans manquer ! — Eh bien, je m’y trouverai. — J’y serai avant vous. — Ça suffit, mon capitaine »

A deux heures, l’Empereur arrive nous passer en revue ; nous étions tous les 22 sur un rang. Commençant par la droite, regardant ces beaux sous-officiers, et les toisant de la tête aux pieds,