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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/298

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sion à ce grand dîner. On passa dans la salle à manger où je fus placé entre deux belles dames qui n’étaient pas fâchées d’être éloignées de leurs maris, et elles me mirent à mon aise en s’occupant de moi. Au second service, la gaîté se fît sur tous les visages, et le vin de Champagne fut le complément de la gaîté. Il fallut que mes chefs commençassent à conter leurs campagnes, et les dames leur disaient : « Et vos conquêtes auprès des dames étrangères, vous n’en parlez pas ? — Eh bien ! leur dit le commandant, je vais vous satisfaire, je suis garçon. »

Il fit le portrait des dames de Vienne et de Berlin, toujours en ménageant toutes les convenances (qui font le charme de la société) ; il fut applaudi. Je fus attaqué par les deux dames qui étaient près de moi pour conter mon histoire : « Je vous supplie de me faire grâce ; mes chefs la connaissent. — Eh bien ! dit le capitaine, je vais vous satisfaire pour lui, vous verrez que c’est un bon soldat. Il a été décoré le premier aux Invalides ; il nous a empêchés de mourir de faim en Pologne, en dénichant toutes les cachettes des Polonais. Enfin, Mes dames, je serais mort sans lui. Je fus confus du témoignage de mon capitaine et comblé d’amitiés par tout le monde. Le feu m’avait monté à la figure ; j’avais un mouchoir blanc, je le prenais pour m’essuyer et le remettais sans cesse dans ma poche. Ma serviette était fine ; par distraction, je m’en