Ouvrir le menu principal

Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/289

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
250
LES CAHIERS

leur furie contre nous. Cela nous donne un peu de répit, mais le temps est bien long quand on attend la mort sans pouvoir se défendre. Los heures sont des siècles. Après avoir perdu un quart de nos vieux soldats sans avoir brûlé une amorce, je ne fus plus en peine d’avoir des galons et des épaulettes de sergent, mes grenadiers m’en donnèrent plein mes poches. Cette cruelle journée vit des pertes considérables… Le brave maréchal resta derrière ses tirailleurs plus de quatre heures ; le champ de bataille ne fut ni perdu ni gagné. Nous ne savions pas que les ponts sur le grand fleuve étaient emportés, et que notre armée passait le Danube à Vienne.

A neuf heures, le feu cessa. L’ordre de l’Empereur fut de faire chacun son feu pour faire croire à l’ennemi que toute notre armée était passée. Le prince Charles ne savait pas notre pont emporté, car il nous aurait tous pris à son premier effort et n’aurait pas demandé une trêve de trois mois qui lui fut accordée de suite, car nous étions, on peut le dire, dans une cage, il pouvait nous bombarder de tous les côtés. Tous nos feux bien allumés, nous eûmes l’ordre de repasser dans l’île sur notre petit pont, et d’abandonner nos feux ; nous passâmes la nuit à nous placer dans des endroits sans feux pour attendre le jour. Le matin, de grosses pièces passèrent devant nous et furent braquées à la tête de notre petit pont. Quelle fut notre surprise de ne plus