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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/280

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droit, tous la tête penchée, ce n’était plus un homme, c’était un lion : « Est-il possible de voir mes vieux soldats dans un pareil état ! Si j’en avais besoin ! Vous êtes des… » Ils furent traités de toutes les manières. Il dit aux grenadiers à cheval : « Faites de suite de grands feux au milieu de la cour, allez chercher de la paille pour les coucher ; faites-leur chauffer des chaudières de vin sucré ! »

De suite, on mit les grandes marmites au feu pour nous faire la soupe ; il fallait voir tous les cavaliers se multiplier, et l’Empereur faire tout apporter. Dans le bombardement de Vienne, les habitants de la ville avaient sauvé des voitures d’épicerie qui étaient devant les portes du château ; il s’y trouvait du sucre et des quatre mendiants. Voilà le sucre qui paraît ; on en fait mettre dans les bassines de vin chaud, on apporte des tasses de toutes sortes. L’Empereur ne quittait pas, il resta plus d’une heure ; les tasses prêtes, les grenadiers à cheval arrivèrent autour des feux pour nous faire boire. Ne pouvant nous soulever, ils furent obligés de nous tenir la tête pour que nous puissions boire ; les malins grenadiers se moquaient de nous : « Eh bien ! les dessous-de-pieds et les bretelles de vos sacs vous ont anéantis. Allons, buvez à la santé de l’Empereur et de vos bons camarades ! nous passerons la nuit près de vous à vous soigner ; tout à l’heure, nous vous donnerons encore à boire et