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chent dans les jardins avec leurs baguettes de fusil pour trouver la cachette des moines ; ils furent bien surpris de trouver à chaque pas des enfants nouveau-nés, en terre à deux ou trois pieds de profondeur dans le jardin même. Je frémis encore au souvenir d’avoir vu de pareilles horreurs ; elles donnent un aperçu de ce qui se passait dans ce pays.

Nous eûmes l’ordre de rentrer en France à marches forcées, et l’Empereur partit pour Paris ; il nous fit préparer une petite surprise qui nous attendait à notre arrivée dans Limoges, car il voulait conserver nos jambes et nos souliers. Nous fûmes reçus dans cette belle ville et nous y couchâmes ; le lendemain nos officiers disent : « Il faut démonter les batteries de nos fusils et les bien envelopper avec les vis et la baïonnette, crainte de les perdre. Toute la garde montera en voiture jusqu’à Paris. Les voitures sont prêtes hors la ville. »

En démontant mon fusil, je dis à notre capitaine : « Mais on nous prend donc pour des veaux pour nous mettre sur la paille. »

Il se mit à rire : « C’est vrai, dit-il, mais ça presse ! Les cartes se brouillent, nous ne sommes pas près de coucher dans un lit, et d’ici Paris, il ne faut pas y compter. »

Nos fusils démontés, nous voilà partis ; le peuple était là en foule. Hors de la ville, nous trouvâmes des charrettes garnies de bottes de paille.