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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/272

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il est bâti devant un ravin ou précipice d’une immense profondeur. La façade est superbe et l’on descend par un magnifique escalier ; le palais faisant face à la ville n’est qu’un rez-de-chaussée avec de beaux degrés pour y monter. Les salons sont magnifiques ; il y a une pendule en acier très riche.

Le maréchal Lannes fut chargé de prendre Saragosse, qui coûta des pertes considérables à notre armée ; toutes les maisons étaient crénelées, il fallut les enlever les unes après les autres. L’Empereur quitta Madrid avec toute sa garde, et nous arrivâmes au pied d’une montagne formidable avec de la neige comme au mont Saint-Bernard. Il fallut la franchir avec des peines inouïes. Avant d’arriver à ce terrible passage, nous fûmes saisis par une tempête de neige qui nous renversait ; personne ne se voyait ; on était obligé de se tenir les uns aux autres ; il fallait avoir un empereur à suivre pour y résister. Nous couchâmes au pied de cette montagne que notre artillerie eut toutes les peines du monde à franchir, et nous redescendîmes dans une plaine où étaient de mauvais villages dévastés par les Anglais. Arrivés au bord d’une rivière dont les ponts étaient coupés, nous la trouvons d’une rapidité sans pareille ; il fallut la passer au gué, et se tenir les uns aux autres, sans lever les pieds, crainte d’être entraînés par la rapidité du courant. Nos bonnets