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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/271

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LES CAHIERS

fournir d’eau pour notre nécessaire ; il fallut partir chercher des vivres. Nous revînmes avec 200 ânes chargés d’outres en peau de bouc et nous fûmes obligés de faire nos barbes avec du vin. Nous attachâmes nos quadrupèdes à des piquets pour passer la nuit, mais le lendemain matin ils firent entendre une musique si bruyante que l’Empereur ne pouvait plus s’entendre ; il envoya un aide de camp pour faire cesser ce tintamarre. On lâcha ces pauvres bêtes ; se trouvant en liberté, elles se sauvèrent dans la plaine où elles se dévoraient les unes les autres, n’ayant pas de quoi manger.

Le canon ne cessait pas, on envoyait des boulets dans la ville de tous côtés, mais ils ne voulaient toujours pas capituler ; ils éprouvèrent des pertes si considérables qu’ils finirent par se rendre à discrétion. L’Empereur leur déclara que s’il tombait un pave sur ses soldats, tout le peuple serait passé au fil de l’épée ; ils en furent quittes pour repaver leur grande rue.

La ville est grande et pas jolie : de grandes places garnies de vilaines baraques, mais il y en a une au midi de la ville qu’on ne peut voir sans l’admirer à cause de sa belle façade, de ses belles promenades et d’une belle fontaine ; voilà le plus beau. Pour le palais, les abords ne sont point dégagés, on entre dans une cour d’honneur très mesquine avec un corps de garde à gauche, le palais à droite est très bas du côté de la ville,