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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/262

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— Ils sont aussi braves que les Russes, vos soldats, et l’Empereur a eu bien soin de vos blessés ; nous les portions à l’ambulance comme les nôtres. Vous avez aussi un grand général qui a eu bien soin de nos prisonniers. Notre Empereur le connaît bien. »

Et ils nous serraient les mains, disant : « C’est bien là les Français ! — Mais, leur dis-je, vos prisonniers sont plus heureux que vos soldats : bon pain, de l’ouvrage bien payé, pas battus. — Aimable caporal, vous nous comblez de joie, vous vous êtes conduits à Berlin comme des enfants du pays. — Je vous remercie pour mes camarades. »

Nous partîmes par étapes ; les grandes villes de Potsdam, Magdebourg, Brunswick, Francfort, Mayence nous fêtèrent ; la joie était sur toutes les figures ; les habitants des campagnes venaient sur les routes nous voir passer. Il y avait des rafraîchissements partout le long des villages. On peut dire que les villages rivalisaient avec les villes en soins. Bien nourris, bien fêtés, nous arrivons aux portes de notre capitale, c’est encore elle qui surpasse toutes celles que j’ai vues. Là nous attendaient des arcs de triomphe, des réceptions magnifiques, et la comédie, et les belles dames de Paris qui nous regardaient en dessous, cherchant à reconnaître leur favori.

L’Empereur voulut nous voir aux Tuileries avec nos habits râpés, mais propres. Puis, nous