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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/252

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prêt, nous eûmes Tordre de prendre les armes à onze heures pour nous porter sur le fleuve. Là nous attendait le plus beau spectacle que jamais homme verra sur le Niémen. Sur le milieu du fleuve, se trouvait un radeau magnifique garni de belles tentures très larges, et sur le côté, à gauche, une tente. Sur les deux rives, une belle barque richement décorée et montée par les marins de la garde. L’Empereur arrive à une heure, et se place dans sa barque avec son état-major. Les Empereurs partirent au même signal, ils avaient chacun les mêmes degrés à monter et le même trajet à parcourir, mais le notre arriva le premier sur le radeau. On voit ces deux grands hommes s’embrasser comme deux frères revenant de l’exil. Ah ! quels cris de « vive l’Empereur ! » des deux côtés !

Cette entrevue fut longue, et ils se retirèrent chacun de leur côté… Le lendemain nous recommençâmes la même manœuvre, c’était pour recevoir le roi de Prusse ; heureusement que le grand Alexandre était là pour prendre sa défense, il avait l’air d’une victime. Dieu, qu’il était maigre, le vilain souverain ! mais aussi il avait une bien belle reine. Cette entrevue entre les trois souverains fut courte, et il fut convenu que notre Empereur leur donnerait dans la ville le logement et la table ; c’était glorieux après les avoir bien rossés, mais pas de rancunes ! La ville fut donc partagée par moitié, et le lendemain toute