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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/248

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et d’un pied de large. Nous voilà à défaire planches et poteaux ; vingt voitures partaient, d’autres revenaient ; à trois lieues à la ronde, tous les enclos furent démolis. Dans quinze jours, nos baraques étaient montées, et le palais de l’Empereur était presque fini. Il n’était pas possible de voir un plus beau camp ; les rues portaient les noms des batailles remportées depuis le commencement de la guerre. Nos officiers étaient bien logés, et toute l’armée fut campée dans de belles positions. L’Empereur allait visiter et faire faire la manœuvre. De Dantzick, il fit venir de l’eau-de-vie et des vivres, du vin pour l’état-major : la joie était sur toutes les figures. Il venait souvent nous voir manger notre soupe : « Que personne ne se dérange ! disait-il, je suis content de mes grognards, ils m’ont bien logé et mes officiers ont des chambres parquetées. Les Polonais peuvent en faire une ville. » Comme nous avions trouvé des pièces de toile dans les cachettes, nous fîmes des pantalons et de beaux sacs de six pieds de haut pour coucher. Les Polonais venaient avec de belles dames en voiture pour voir cette ville en planches.

Nous passâmes le mois de mai à faire la belle jambe, frais et poudrés comme à Paris. Mais le 5 juin, notre intrépide maréchal Ney fut attaqué, et poursuivi par une forte armée russe. Le courrier arrive près de l’Empereur pour lui apprendre cette nouvelle ; de suite le camp fut