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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/241

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LES CAHIERS

Comme il était dans le péril aussi, il se décida à faire partir le 2e régiment de grenadiers et les chasseurs commandés par le général Dorsenne. Les cuirassiers avaient enfoncé des carrés et fait un carnage épouvantable ; nos grenadiers tombèrent à la baïonnette sur la garde russe sans tirer un seul coup de fusil, et en même temps l’Empereur fit charger deux escadrons de grenadiers à cheval et deux de chasseurs. Ils se portèrent si rapidement en avant que les grenadiers traversèrent toutes leurs lignes et firent le tour de l’armée russe ; ils revinrent couverts de sang et perdirent quelques hommes démontés et faits prisonniers ; ils eurent pour prison Kœnigsberg, et le lendemain l’Empereur leur envoya cinquante napoléons.

Lorsque ces charges eurent repoussé les Russes et rabattu leur fureur, ils ne furent plus tentés de recommencer. Il était temps. Nos troupes étaient à bout, les rangs se dégarnissaient à vue d’œil ; sans la garde, notre bonne infanterie aurait succombé. Nous ne perdîmes pas le champ de bataille, mais nous ne le gagnâmes pas.

Le soir, l’Empereur nous ramena à notre position de la veille ; il fut enchanté de sa garde, et dit au général : « Dorsenne, tu n’as pas plaisanté avec mes grognards, je suis content de toi. » La faim et le froid nous firent passer une mauvaise nuit.

Le champ de bataille était couvert de morts