Ouvrir le menu principal

Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/238

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


moins quatre pour faire la correspondance d’un village à l’autre, et quatre paysans pour nous servir de guides. Ce furent les conditions du partage, et les malheureux repartirent avec leur part. Nous fîmes du pain de suite, il y avait si longtemps que nous en avions mangé qu’aussitôt sorti du four, mes camarades le mangèrent au point d’en être victimes ; deux étouffèrent ; nous ne pûmes les sauver. Nous trouvâmes dans notre maison des pommes de terre sous le carrelage d’une chambre, à six pieds de profondeur ; cela nous sauva la vie.

Nous n’avons pas à nous louer des Polonais, ils avaient tout enfoui ; tous leurs villages étaient déserts ; ils auraient laissé périr un soldat à leur porte sans le secourir. Les Allemands ne quittaient jamais leurs maisons, c’est l’humanité en personne. J’ai vu un maître de poste tué dans sa maison par un Français, et sa maison servir d’ambulance, le maître était sur le lit de mort, tandis que sa fille et sa femme cherchaient du linge pour panser nos blessés. Elles disaient : « C’est la volonté de Dieu. » Ce trait est sublime.

Dans les derniers jours de janvier, nous reçûmes l’ordre de nous tenir prêts à partir. Les Russes avaient fait un mouvement sur Varsovie. Quelle joie pour des affames ! on va donc nous sortir de la misère. Le général Dorsenne reçut l’ordre de faire lever les cantonnements et de