Ouvrir le menu principal

Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/229

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
190
LES CAHIERS

en bataille devant le palais ; l’Empereur arrive, fait porter les armes, croiser la baïonnette (notre colonel répétait le commandement). Il commande : Demi-tour ! (le colonel répète) puis : « En avant, pas accéléré, marche ! » Et nous voilà arrêtés contre les bornes de cinq pieds de haut.

L’Empereur, nous voyant arrêtés, dit : « Pourquoi ne marches-tu pas ? » Le colonel répond : « On ne peut passer. — Comment t’appelles-tu ? — Frédéric. »

L’Empereur avec un ton sévère, lui dit : « Pauvre Frédéric ! Commande : En avant ! »

Et nous voilà sautant par-dessus les bornes et les barres de fer ; il fallait nous voir escalader. Le corps du maréchal Davoust fit son entrée dans Berlin le premier et marcha sur la frontière de Pologne. Nous apprîmes avant de partir de Berlin que Magdebourg s’était rendu. L’Empereur régla ses comptes avec les autorités de Berlin, et nous partîmes pour rejoindre les corps qui se portaient sur la Pologne. Arrivés à Posen, nous fîmes séjour. Nos corps marchaient sans relâche sur Varsovie. Les Russes eurent la bonté de nous céder ces deux belles villes, mais ils ne furent pas généreux pour les vivres ; ils emportèrent tout de l’autre côté et ravagèrent tout le pays, ne laissant que ce qu’ils ne purent emporter ; ils firent sauter tous les ponts, emmenèrent tous les bateaux. L’Empereur montra du mé-