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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/202

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est votre hamac ? Je vais vous mettre dans une bonne place. »

Et il descendit mon hamac près des caisses de biscuit, et leva une planche : « Mangez du biscuit, et demain je vous donnerai le boujaron » (c’est la petite mesure d’eau-de-vie).

On mangeait dans des vases de bois, avec les cuillers de même, des fèves qui dataient de la création du monde ; toutes les rations par ordinaire étaient dans des filets ; c’était de la viande fraîche et de la sole.

Un jour, messieurs les Anglais vinrent nous faire une visite avec une forte escadre ; un vaisseau de soixante-quatorze fut assez insolent pour arriver près du rivage, il s’embosse et nous envoie des boulets à toute volée dans notre camp. Nous avions de gros mortiers sur la hauteur, un sergent de grenadiers demanda la permission de tirer sur ce vaisseau, disant qu’il répondait de le couler du premier ou du second coup. « Mets-toi à l’œuvre ! comment te nommes-tu ? dit le Consul. — Despienne. — Voyons ton adresse. »

La première bombe passe par-dessus : « Tu as manqué ton coup, dit notre petit caporal. — Eh bien ! dit-il, voyez celle-ci. »

Il ajuste et fait tomber sa bombe sur le milieu du vaisseau. Ce ne fut qu’un cri de joie. « Je te fais lieutenant dans mon artillerie », dit-il à Despienne.