Ouvrir le menu principal

Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/201

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
162
LES CAHIERS

mer chacun notre tour. On nous mit très loin, sur une ligne de deux cents péniches. Toute cette petite flottille, divisée par sections, était commandée par un bon amiral, qui était monté sur une belle frégate, au milieu de nous. Pendant vingt jours, toujours manœuvrant les pièces, nous étions canonniers et marins. Les marins, canonniers et soldats, tout ne faisait qu’un seul homme, l’accord était parfait à bord. La nuit, on criait : Bon quart ! et le dernier criait : Bon quart partout ! Le matin, les porte-voix demandaient le rapport de la nuit :

« Qu’est-ce qu’il y a de nouveau à votre bord ? — On vous fait savoir qu’il y a deux grenadiers qui se sont jetés à l’eau. — Sont-ils noyés ? répétait le porte-voix. — Oui, répétait l’autre ; oui, mon commandant. — À la bonne heure ! » (Il disait à la bonne heure, parce qu’il avait compris le mot d’ordre.)

Une fois, j’étais monté sur une corvette avec dix pièces de gros calibre, cent grenadiers et un capitaine couvert de blessures. J’étais servant de droite d’une pièce, car il fallait tout faire, et la moitié restait sur le pont la nuit. Lorsque mon tour arrivait de descendre pour me coucher dans mon hamac, je disais : « Allons, vieux soldat, te voilà donc dans ton hamac ! Allons, repose-toi ! »

Le maître cambusier m’entendit : « Ou est-il le vieux soldat ? — Me voilà, lui dis-je. — Où