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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/189

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LES CAHIERS

lieutenant lui dit que j’avais été décoré le premier ; il m’embrassa et me fit signer en tenant ma main pour faire toutes les lettres de mon nom sur le grand registre. Il nous accompagna jusqu’à la porte du grand perron, et toute la garde fut en voiture à la chancellerie. Je fis des visites chez le frère de mon colonel, porte Saint-Denis, où je fis emplette de nankin pour me faire des culottes courtes. Bas, boucles d’argent de jarretières, c’était de rigueur pour l’uniforme d’été. Lorsque je fus prêt à me présenter chez le général Hulin, il me reçut et me fit cadeau d’une pièce de ruban de la Légion d’honneur.

Le lendemain, je voulais aller chez M. Champromain, marchand de bois, de Druyes, demeurant près le Jardin des Plantes ; je suivais la rue Saint-Honoré. Arrivant près du Palais-Royal, je rencontrai un superbe homme qui m’accoste pour voir ma croix, me dit-il, et me prie de lui faire l’amitié de venir prendre une demi-tasse de café avec lui. Je refusai, et il insista tant que je me laissai tenter ; il me mena au café de la Régence, place du Palais-Royal, qui longe cette place à droite. Arrivé dans ce beau café, il fait venir deux demi-tasses. Moi, je regardais la dame dans son comptoir qui était si belle (avec mes 27 ans, je la brûlais des yeux).

Ce monsieur me dit : « Votre café va refroidir, prenez votre tasse. »

Et, sitôt prise, il se lève et me dit : « Je suis