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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/187

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LES CAHIERS

tant cinq francs dans la main, en le forçant de les prendre, je lui dis : « Je vous invite à déjeuner lors de la descente de votre garde. »

Dieu ! que j’avais faim ! Je fis venir dix litres de vin pour mon ordinaire, et je dis au cuisinier : « Voilà pour mes camarades ! »

Le caporal voit ces bouteilles et dit : « Qui a fait venir ce vin ? — C’est Coignet qui mourait de faim. Je lui ai donné son souper de suite, car le lieutenant est venu le chercher, ils sont partis bras dessus, bras dessous, et il a dit de boire à sa santé. »

Mon lieutenant, qui m’avait vu décorer le premier, ne m’avait pas perdu de vue, et s’était emparé de moi. Il me dit obligeamment : « Vous ne me quitterez pas de la soirée. Nous allons voir les illuminations et, de là, nous irons au Palais-Royal prendre notre demi-tasse de café. L’appel se fait à minuit, et nous ne rentrerons que quand nous voudrons ; je réponds de tout. » Nous nous promenâmes dans le jardin pendant une heure : il me mena au café Borel, au bout du Palais-Royal, et me fit descendre dans un grand caveau où il y avait beaucoup de monde. Là, nous fûmes entourés tous les deux. Le maître du café vint près de mon lieutenant, et lui dit : « Je vais vous servir ce que vous désirez, les membres de la Légion d’honneur sont régalés gratis. »