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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/181

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LES CAHIERS

dèle à toute l’armée. Sévère, il faisait trembler le plus terrible soldat, il réforma tous les abus. On pouvait le citer pour le modèle de tous nos généraux tant pour la tenue que pour la bravoure. On ne pouvait pas voir de plus beau guerrier sur un champ de bataille. Je l’ai vu couvert de terre par des obus. Une fois relevé, il disait : « Ce n’est rien, grenadiers, votre général est près de vous. »

On nous fit part que le premier Consul devait passer dans notre caserne, et qu’il fallait nous tenir sur nos gardes. Mais il trompa son monde, il nous prit tous dans nos lits, il était accompagné du général Lannes, son favori. Il venait de nous arriver des malheurs ; des grenadiers s’étaient suicidés, on ne sut pourquoi. Il parcourt toutes les chambres, et arrive à mon lit. Mon camarade, qui avait six pieds quatre pouces, s’allongea en voyant le Consul près de notre lit ; ses jambes passent de plus d’un pied notre couchette. Le Consul croit que c’est deux grenadiers au bout l’un de l’autre et vient à la tête de notre lit pour s’assurer du fait, et suit de sa main tout le long de mon camarade pour s’assurer. « Mais, dit-il, ces couchettes sont trop courtes pour mes grenadiers. Vois-tu, Lannes ? il faut réformer tout le coucher de ma garde. Prends note, et que toute la literie soit mise a neuf ; celle-ci passera pour la garnison. »

Mon camarade de lit fut cause d’une dépense