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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/176

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DU CAPITAINE COIGNET.

Il me fit mettre à côté de lui et dit : « Tu n’as pas la taille pour les grenadiers. — Je désirerais le garder, mon général. — Il faut tromper la toise. Quand il passera sous la toise, tu lui feras mettre des jeux de carte dans ses bas. Voyons cela, dit-il ;… il lui manque six lignes. Eh bien ! tu vois qu’avec deux jeux de cartes sous chaque pied, il aura ses six pouces ; tu l’accompagneras. — Ah ! certainement, mon général. — S’il est accepté, ce sera le plus petit de mes grenadiers. — Mon général, il va être décoré. — Ah ! c’est différent, fais ton possible pour le faire recevoir. » Et nous partîmes pour nous procurer des cartes, mettre des bas. Mon capitaine menait tout cela grand train ; il était vif comme un poisson et en vint à bout. Le soir même, je me tenais droit comme un piquet sous la toise, et mon capitaine était là qui se redressait, croyant me faire grandir. Enfin, j’avais mes six pouces, grâce à mes jeux de cartes. Je sortis victorieux.

Mon capitaine fut joyeux de son côté ; je fus admis dans sa compagnie. « Il faudra, dit-il, couper cette belle barbe. — Je vous demande la permission de la garder quinze jours ; je voudrais faire quelques visites avant de la faire couper. — Je vous donne un mois, mais il vous faudra faire l’exercice. — Je vous remercie de toutes vos peines pour moi. — Je vais vous faire porter sur les contrôles à compter d’hier pour