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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/175

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LES CAHIERS

— Ah ! c’est toi. — Oui, mon général. — Tu as reçu ma lettre ? — C’est mon colonel, M. Lepreux. — C’est juste. Va dans les bureaux en face. — Tu demanderas le carton des officiers de la 96e demi-brigade : tu diras ton nom, et tu m’apporteras une pièce que j’ai signée pour toi. »

Je demandai dans ce bureau ; ils regardent ma barbe sans me servir. Cette barbe avait treize pouces de long, et ils croyaient qu’elle était postiche : « Est-elle naturelle ? » me dit le chef.

Je la prends à poignée et la tire : « Voyez, lui dis-je, elle tient à mon menton, et bien plantée. — Tenez, mon beau sapeur, voilà un papier digne de vous. — Je vous remercie. »

Et je porte ce papier au ministre, qui me dit : « Vois-tu que je ne t’ai pas oublié ? Tu porteras une petite machine ! dit-il en touchant mon habit… Et toi, Renard, tu recevras demain, à dix heures, une lettre pour lui. C’est un soldat à l’épreuve ; tâche de le garder dans ta compagnie. »

Je remerciai le ministre, et nous partîmes de suite pour nous rendre chez le général Davoust, colonel-général des grenadiers à pied. Il nous reçut très bien, en disant : « Vous m’amenez un sapeur qui a une belle barbe. — Je voudrais le garder dans ma compagnie, lui dit mon capitaine ; il a un fusil d’honneur. — Mais il est bien petit. »