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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/171

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LES CAHIERS

tation. Deux sapeurs portaient la grande bannette pleine de pain bénit, et je fus nommé pour accompagner les deux sapeurs qui portaient la bannette. Ils restaient à la porte : je prenais une part et la lettre ; je me présentais : on me donnait six francs ou le moins trois francs. Cette grande promenade dans la ville et les maisons de campagne me valut cent écus. Le colonel voulut savoir si j’avais été bien récompensé ; je lui vidai mes goussets. Quand il vit tout cet argent, il fit deux parts et me dit : « Voilà la moitié pour vous, et l’autre que vous partagerez aux sapeurs. »

Mes deux porteurs ne savaient rien de ce qui s’était passé ; je les ramenai à la caserne, et devant le sergent et le caporal, je déposai l’argent. Ils furent confus de joie en me voyant leur mettre des poignées d’argent sur la table : « Vous avez donc volé la caisse du régiment. Pour qui tout cet argent ? dit le sergent. — C’est pour nous, partagez-le, c’est le pain bénit. »

Nous eûmes chacun quinze francs ; ils étaient contents de moi, ils me serraient la main. J’eus mes quinze francs et mes cent cinquante francs, c’était une fortune pour moi. Ils voulurent me régaler ; je m’y opposai : « Je ne le veux pas. Demain, je paie une bouteille d’eau-de-vie, et voilà toute la dépense qu’il faut faire. Et c’est moi qui régale, vous entendez, mon sergent ? — Rien à répliquer, dit-il, il est plus sage que nous. »