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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/165

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nous arrivâmes à Chambéry, et de Chambéry à Lyon.

Lorsque notre vieux régiment arriva sur la place Bellecourt, tous les incroyables avec leurs lorgnons nous demandaient si nous venions d’Italie. Nous leur disions : « Oui, messieurs ! — Vous n’avez pas la gale ? — Non, messieurs ! »

Et refrottant leurs lorgnons sur leurs manches, ils nous répondaient : « C’est incroyable ! »

Ils ne voulaient pas nous loger en ville, mais le général Leclerc les força à nous donner des billets de logement, et de suite il fut accordé sept congés par compagnie des plus anciens. Quelle joie pour ces vieux soldats ! Jamais le Consul n’en a tant donné que cette fois. Le lendemain on nous annonça que nous n’allions pas à Paris comme nous comptions, mais bien en Portugal. Le général nous comprit dans les quarante mille hommes de son armée ; il fallut se résigner et partir dans un état déplorable (des habits faits de toutes pièces).

Nous partîmes pour Bayonne ; cette route fut très longue ; nous souffrîmes des chaleurs ; enfin nous arrivâmes au pont d’Irun.

Nos camarades furent dénicher un nid de cigognes et prirent les deux petits. Les autorités vinrent les réclamer au colonel ; l’alcade lui dit de les rendre parce que ces animaux étaient nécessaires dans leur climat pour détruire les serpents et les lézards, qu’il y avait peine de