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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/159

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Nous partîmes pour Brescia où l’on rassembla l’armée dans une belle plaine ; nous passâmes la revue du général en chef. Brescia est une ville forte qui peut se défendre ; il y passe une rivière qui n’est pas large, mais profonde. Nous partîmes le lendemain pour marcher sur le Mincio ; là, toute l’armée était en ligne, les préparatifs du passage de cette rivière se firent sur de belles hauteurs, et le passage fut décidé à la pointe d’une hauteur très élevée qui dominait l’autre rive. Ce passage se fit à l’abri d’un village qui le masquait à l’armée autrichienne qui était très nombreuse, et l’on fit passer vingt-cinq mille hommes pour les attirer sur ce point. Il y eut une bataille terrible ; nos troupes, battues à plate couture, furent contraintes de se replier sur le Mincio, avec pertes.

Heureusement, pour protéger notre armée, nous avions une position très élevée qui dominait la plaine et qui leur empêchait de nous culbuter dans le Mincio. Le général Suchet avec cinquante pièces de gros calibre leur envoyait des bordées qui passaient par-dessus nos colonnes, foudroyaient leurs masses, et les maintenaient dans la plaine. Tout le monde servait les pièces, et nous étions trois bataillons de grenadiers à voir tout ce spectacle sans pouvoir porter secours.

J’ai vu ce trait d’un petit voltigeur. Resté seul de l’armée en retraite dans la plaine, il