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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/157

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Il prend mes deux lettres, et me les lit. Mon père me disait : « Si tu étais un peu plus près de moi, je t’enverrais un peu d’argent ! » Et mon oncle me disait : « Je viens de payer des biens nationaux, je ne peux rien t’envoyer. » Voilà mes deux charmantes lettres, jamais je ne leur ai récrit de ma vie. Après la trêve, je fus obligé de monter quatre gardes aux avant-postes, en sentinelle perdue, sur le bord du Mincio, à quinze sous la garde, pour payer cette dette.

Ces deux lettres m’ont éloigné de mon sujet. Je reviens à Crémone où nous passâmes trois mois dans la misère la plus complète. Notre demi-brigade fut complétée, et notre compagnie fut organisée ; on prit un tiers dans les deux compagnies pour les mettre au pair, et on tira des grenadiers dans le bataillon pour nous compléter. Tous les jours, on nous menait à la promenade militaire, sac au dos, sur la grande route, avec défense de quitter son rang ; la discipline était sévère. Le général Brune forma une compagnie de guides pour son escorte (des hommes magnifiques). Il était le général en chef de cette belle armée. Nous pouvions nous dire commandés par un bon général. Que la France nous en donne de pareils ! on pouvait passer partout avec lui. Donc, durant les trois mois de trêve, notre armée se mit au grand complet, les troupes arrivaient de toutes parts. Les Italiens prirent les armes avec nous, mais ces soldats ne