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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/156

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DU CAPITAINE COIGNET.

marche sur Crémone, lieu de notre garnison pendant trois mois de trêve convenue. Crémone est une grande ville qui peut se défendre d’un coup de main ; de beaux remparts et des portes solides. La place est considérable, il y a une belle cathédrale, un cadran d’une grande dimension ; une flèche en fait le tour tous les cent ans. Sur les marchés, on pèse tout, oignons et herbages ; c’est rempli de melons que l’on nomme pastèques (c’est délicieux). On y trouve des cabarets de lait, mais c’est la plus mauvaise garnison de l’Italie ; nous étions couchés sur de la paille en poussière et nous étions remplis de vermine ; nos culottes, vestes et tricots étaient dans un état déplorable. L’idée me prit de tâcher de détruire la vermine qui me rongeait. Je fis une cendrée dans une chaudière et j’y mis ma veste. Quel malheur pour moi ! Il ne me resta que la doublure, le tricot était fondu comme du papier. Me voilà tout nu, et rien dans mon sac pour me changer.

Mes bons camarades vinrent à mon secours. Sur-le-champ, je fis écrire à mon père et à mon oncle pour leur demander des secours, je leur faisais part de ma détresse et les priais de m’envoyer un peu d’argent. Cette réponse fut longue, mais elle arriva. Je reçus les deux lettres à la fois (pas affranchies) ; elles coûtaient chacune un franc cinquante, trois francs de port. Mon vieux sergent se trouve là : « Faites-moi ce plaisir de les lire. »