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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/124

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DU CAPITAINE COIGNET.

homme pour y tenir. « Halte !… En avant !… » criait-il à chaque instant. Et tout le monde restait silencieux.

Nous fîmes une lieue dans ce pénible chemin ; il fallut nous donner un moment de répit pour mettre des souliers (les nôtres étaient en lambeaux) et casser un morceau de biscuit. Comme je détachais ma corde autour de mon cou pour en prendre un, ma corde m’échappe et tous mes biscuits dégringolent dans le précipice. Quelle douleur pour moi de me voir sans pain ! et mes quarante camarades de rire comme des fous ! « Allons, dit notre canonnier, il faut faire la quête pour mon cheval de devant qui entend à la parole[1] »

Cela fit rire tous mes camarades. « Allons, dirent-ils tous, il faut donner chacun un biscuit à notre cheval de devant. »

Et la gaîté reparaît en moi-même. Je les remerciai de tout mon cœur, et je me trouvais plus riche que mes camarades. Nous voilà partis bien chaussés de souliers neufs, « Allons, mes chevaux, dit notre canonnier, à vos postes, en avant ! Gagnons les neiges, nous serons mieux, nous n’aurons pas tant de peine. »

Nous atteignîmes ces horreurs de neiges perpétuelles, et nous étions mieux, notre canot glissait plus vite. Voilà que le général Cham-

  1. C’est-à-dire qui comprend bien le commandement.