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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/123

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même soir, notre canonnier forma son attelage qui se montait de quarante grenadiers par pièce, vingt pour traîner la pièce (dix de chaque côté, tenant des bâtons en travers de la corde qui servait de prolonge), et les vingt autres portaient les fusils, les roues et le caisson de la pièce. Le Consul avait eu la précaution défaire réunir tous les montagnards pour ramasser toutes les pièces qui pourraient rester en arrière, leur promettant six francs par voyage et deux rations par jour. Par ce moyen, tout fut rassemblé au lieu du rendez-vous, et rien ne fut perdu.

Le matin, au point du jour, notre maître nous place tous les vingt à notre pièce : dix de chaque côté. Moi je me trouvais le premier devant, à droite ; c’était le côté le plus périlleux, car c’était le côté des précipices, et nous voilà partis avec nos trois pièces. Deux hommes portaient un essieu ; deux portaient une roue ; quatre portaient le dessus du caisson ; huit, le coffre ; huit autres, les fusils ; tout le monde était occupé, chacun à son poste.

Ce voyage fut des plus pénibles. De temps en temps, on disait : Halte ! ou En avant ! et personne ne disait mot. Tout cela n’était que pour rire, mais arrivé aux neiges, ça devient tout à fait sérieux. Le sentier était couvert de glace qui coupait nos souliers, et notre canonnier ne pouvait être maître de sa pièce qui glissait ; il fallait la remonter, il fallait le courage de cet