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Page:Coignet - Les Cahiers du capitaine Coignet, 1883.djvu/119

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se met en travers, le sabre à la main. Je le repoussais, disant : « Ôtez-vous, que je le tue ! — Allons ! c’est fini, embrassez-vous ! »

Et nous allons boire une bouteille. Je disais : « Et cette goutte de sang, il n’en veut donc plus ? » — C’est pour rire, me dit mon maître.

Je fus reconnu pour un bon grenadier. Je vis où ils voulaient en venir, c’était une épreuve pour me faire payer l’écot ; c’est ce que je fis de bonne grâce, et ils m’en tinrent bon compte. Le grenadier qui voulait me tuer le matin, fut le meilleur de mes amis, il eut tous les égards pour moi, il me rendait de petits services.

Mes deux maîtres me poussèrent ferme : quatre heures d’exercice, deux heures de salle d’armes, ce qui faisait six heures par jour. Cette vie dura trois mois, et je payais bien des gouttes à ces ivrognes. Heureusement que M. et Mme Potier avaient garni ma ceinture. Je m’en sentis longtemps.

Nous passâmes l’hiver à Paris. La revue du premier Consul eut lieu au mois de février aux Tuileries ; les trois demi-brigades (24e légère, 43e de ligne et 96e de ligne) formaient une division de quinze mille hommes, dont il donna le commandement au générai Chambarlhac. Le premier Consul nous fit manœuvrer, passa dans les rangs et fut content ; il fit appeler les colonels et voulut voir les conscrits à part. On lui présenta la compagnie de grenadiers du batail-