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n’a pas tant de ressentiment pour des critiques adressées à un autre. Je croirais volontiers que M. de Vigny a pu faire ces deux sonnets dans un moment d’irritation, et s’amuser ensuite à supposer qu’il les avait reçus de personnes qui, sans doute, lui avaient fait des compliments sur la pièce qu’on représentait alors avec succès à la Comédie Française. Je vous engage donc à ne pas publier sous le nom de mon frère celui que M. de Vigny lui a attribué, à moins que vous n’en retrouviez l’autographe, car cet autographe doit exister si le sonnet a été envoyé. Quant à l’autre sonnet, attribué à une personne qui n’a jamais fait de vers, son caractère évidemment pseudonyme est une preuve à l’appui de mon opinion que tous deux sont de l’auteur de Chatterton. Je ne vois que la découverte des autographes qui puisse me faire revenir de cette opinion. Si vous les retrouvez, soyez assez bon pour m’en donner avis ; mais s’il n’existe dans les papiers de M. de Vigny que la copie écrite de sa main, dont vous m’avez donné lecture, il sera prudent de ne les considérer que comme des documents incertains.

« Agréez, Monsieur et cher confrère, l’assurance de mes sentiments distingués.

« 9 mai 1865.

« P. DE MUSSET. »

Malgré cette lettre, la publication fut faite et M. L. Rastibonne eut raison, car M. Georges Jubin, dans la Revue bleue du 3 avril 1897, a publié des documents, dont une lettre d’Alfred de Musset à Buloz, qui ne laissent plus aucun doute sur l’authenticité de ces deux sonnets, dont Alfred de Musset est l’auteur.

Sur les Auteurs de mon temps, strophes burlesques dont voici la dernière :

          Lassailly
          A failli
      Vendre un livre.
Il n’eût tenu qu’à Renduel
Que cet homme immortel,
Eût enfin de quoi vivre.[1]

  1. Publié dans : Les Soupeurs de mon temps, par Roger de Beauvoir. Paris, Faure, 1868. 1 vol. in-12, p. 135. — L’Illustration, 19 septembre 1868.