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XVIIIe siècle, ne s’attacha exclusivement qu’au détail sans s’occuper du commencement ni de la fin. On vit alors s’élever des réputations de tout ordre. C’est ainsi que, bien qu’il eût contribué plus que personne à faire échouer le plan de sa souveraine et à faire réussir celui de son adversaire, le feld-maréchal Daun lui-même fut proclamé grand général ! Çà et là, cependant, le bon sens reprit ses droits et quelques écrivains firent remarquer que, là où l’on n’obtenait pas un résultat positif quand on disposait de forces supérieures, on conduisait mal la guerre, quelque prudence et quelque art qu’on y apportât d’ailleurs.

Les choses en étaient là lorsque la Révolution française éclata. L’Autriche et la Prusse, croyant arrêter le torrent, lui opposèrent inutilement leurs procédés mi-politiques et mi-militaires, et, tandis que l’on comptait à ce propos sur les armées affaiblies de l’époque, l’année 1793 vit tout à coup surgir la puissance militaire la plus formidable qu’on pût imaginer, celle d’un peuple de 30 000 000 d’habitants dont tous les hommes se considéraient comme citoyens de l’État et prenaient part à la guerre ! Sans nous occuper ici des circonstances dans lesquelles ce prodigieux événement s’est accompli, nous allons rechercher quelles en furent les conséquences au point de vue spécial de notre étude. Tous les citoyens prenant ainsi part à la guerre, ce n’était plus comme autrefois le Cabinet avec son armée mais bien la nation elle-même qui pesait de tout son poids dans le plateau de la balance. Les moyens à mettre en œuvre et les efforts à produire n’eurent donc plus de limites déterminées et par suite, l’adversaire n’ayant pas de contre-poids à opposer à l’énergie avec laquelle la guerre pouvait être conduite, le danger devint extrême pour lui.

Si ces conséquences n’ont pas immédiatement été