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circonstances, y pourvoir par avance selon les probabilités.

Dans leurs rapports intérieurs presque tous les États avaient adopté la forme monarchique et, les assemblées provinciales ayant peu à peu perdu leur influence et leurs droits, le cabinet était devenu une unité parfaite et représentait l’État à l’étranger. Les choses, enfin, en étaient arrivées à ce point que, pourvu qu’elle disposât d’un instrument solide, une volonté indépendante pouvait désormais imprimer à la guerre une direction en rapport avec son concept absolu.

Aussi vit-on trois nouveaux Alexandre apparaître dans l’histoire à cette époque. Souverains de petits États et disposant d’armées dont l’extrême perfection compensait la faiblesse numérique, Gustave-Adolphe, Charles XII et le grand Frédéric cherchèrent à fonder de vastes monarchies et renversèrent tout devant eux. Si, comme Alexandre, ils eussent eu à combattre des souverains asiatiques, ils eussent joué un rôle égal au sien. Au point de vue de ce que l’on peut oser à la guerre, il convient du moins de les considérer comme les précurseurs de Bonaparte.

Mais ce que la guerre gagna ainsi en direction logique et en force, elle le perdit d’un autre côté.

Les armées étaient entretenues aux frais du Trésor que le souverain considérait, sinon comme son bien propre, du moins comme celui du gouvernement. Dans les relations diplomatiques, à l’exception de quelques questions commerciales, les cabinets ne traitaient guère que de leurs intérêts politiques et financiers et négligeaient ceux des nations. Le cabinet se regardait comme le propriétaire et l’administrateur de grands biens qu’il s’efforçait sans cesse d’augmenter sans que les contribuables fussent particulièrement intéressés à ces accroissements. Bref, alors que le peuple avait tout