Ouvrir le menu principal

Page:Claudel - Richard Wagner, 1934, La Revue de Paris.djvu/24

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
292 LA REVUE DE PARIS

des paroles. Pays au milieu de l’Europe sans visage et que l’on n’arrive à comprendre que par ce génie qui l’empêche de parler, et sa littérature s’effume tout de suite en mystagogies inconsistantes. On est tenté de lui dire comme Dante à Nemrod au fond de la Malebolge « Prends ton cor, Géant, et soulage ton âme chargée ! »

À gauche. — Cela est vrai, même à ne regarder que le côté purement technique et artistique. Les qualités qui font défaut à la littérature allemande, le suc, la vie, tout d’abord, la flamme, la fraîcheur du vrai, le bon sens et le discernement, la fine et forte appréciation de l’objet, la domination de soi-même, la volonté et la raison toujours présente fût-ce au sein de l’ouragan, le sens des vastes mouvements unanimes et de la grande composition qui ne range pas des idées mortes dans un ordre pédantesque, qui ne mutile pas et ne contraint pas ce que j’appelle la sous-création mais qui, au contraire, la provoque et la fait jaillir et multiplier de toutes parts en une discipline spontanée et en toutes sortes d’inventions merveilleuses, elles ne manquent pas d’une manière plus signalée à Gœthe et à Schiller qu’elles ne sont magnifiquement proposées à notre admiration et à notre étude dans Bach, dans Haendel, dans Beethoven et dans Wagner. En ce langage seul des sons pour s’adresser au monde entier l’Allemagne a été maîtresse. Chaque pays après tout a sa vocation, en est-il une plus belle que celle-ci ?

À droite. — La voie que ses musiciens lui montrent et que Richard Wagner a suivie d’un bout à l’autre, celle des artistes et non pas celle des professeurs et des philosophes, c’est celle-là qui est la bonne.

Mais nous sommes arrivés, au revoir !


paul claudel