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Page:Claudel - Richard Wagner, 1934, La Revue de Paris.djvu/21

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RICHARD WAGNER 289

Parsifal, c’est n’importe quelle messe basse dans n’importe quelle église. » Il y a des choses qui pour l’homme en route sont des approximations méritoires et qui pour l’homme arrivé sont des déformations sacrilèges. Montsalvat était un terme pour Wagner, pour moi c’était un point de départ.

À gauche. — II est vrai, cette ouverture, que c’est beau ! Il n’y a pas besoin d’entendre le reste. À la main gauche c’est encore le Rhin ou les murmures de la forêt, mais la main droite articule nettement et presque théologiquement les trois thèmes de la foi, de l’espérance et de l’amour.

À droite. — Elle est donc obtenue, l’Erloesung que réclamait cette grande âme, et que ni Isolde ni Erda n’ont pu lui procurer, elle a passé à travers les prestiges de Vénus, à travers le maléfice des nains et la muraille des géants. Votre critique est bien injuste.

À gauche. — Comment y verriez-vous autre chose que ma profonde tendresse ? Wagner est un héros. La vie des autres artistes du XIXe siècle est une ébauche, lui seul a fourni la carrière d’un bout à l’autre. Même cette foi dans les loques ridicules que le théâtre mettait à sa disposition parmi lesquelles il était aussi à son aise qu’un matelot au milieu du goudron et des cordages, comme c’est naïf et touchant ! Il ne discutait pas plus les praticables et la toile peinte, les animaux empaillés et les demoiselles qu’on enlève vers les cintres avec une ficelle au derrière, que Michel-Ange ne chicanait le marbre de Carrare. Il croyait ! telle est la force et la masse de ce magnifique génie, que, quand il donne à fond, nous sommes emportés les pieds par-dessus la tête.


À gauche. — Le peuple d’où est sortie une telle âme, vous devez donc avouer que c’est un grand peuple?

À droite. — Qui vous dit le contraire ? Comment pouvez-vous me comprendre si mal ? Qui se pencherait sans sympathie sur une destinée aussi tragique que celle de l’Allemagne ? Comment oublierais-je que pendant ces années de matérialisme où l’éducation universitaire avait scellé sa dalle sur la tête d’un pauvre enfant, Beethoven et Wagner furent pour moi les seuls rayons d’espérance et de consolation ? Le Faust et la Critique de la Raison Pure n’ont jamais fait de bien à personne, mais la Sonate Waldstein a été pour l’humanité un bienfait