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VI

Les chevaux annamites, gros comme des ânes, vifs comme des écureuils, traînaient la victoria d’une allure folle, avec des ruades et des bonds. Le saïs indigène poussait ses bêtes parce que la rue large était déserte et claire d’électricité. Et dédaigneux des hommes blancs, il ne se retournait pas sur son siège pour les voir.

Ils avaient attendu longtemps à la porte du théâtre, et Mévil, mal remis de son malaise mystérieux, avait piétiné le trottoir avec fièvre. Puis, la chanteuse venue, hésitante et mutine, il s’était jeté vers elle avec une sorte d’avidité, et l’avait entraînée comme une proie. Ils étaient montés tous quatre dans la voiture trop étroite, et, les présentations faites, courtes, aucun n’avait plus parlé.

Mévil, assoiffé, avait conquis tout d’abord les lèvres de la femme. Elle, pas coquette, rendait franchement la caresse. Ils demeuraient étreints, leurs dents