Page:Clémenceau-Jacquemaire - Madame Roland, 1926.djvu/61

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



CHAPITRE IV

LA RÉVOLUTION
(1789-1793)


« En nous faisant naître à l’époque de la liberté naissante, le sort nous a placés comme les enfants perdus de l’armée qui doit combattre pour elle et la faire triompher ; c’est à nous de bien faire notre tâche et de préparer ainsi le bonheur des générations futures. »

(Mme Roland. Lettre à Bancal des Issarts, 18 avril 1790.)


À la fin du printemps de 1789, Roland tomba gravement malade. Le travail en commun au Dictionnaire des Manufactures fut interrompu. Interrompue la lecture de Milton et du Tasse dans le texte original. Presque nulle la correspondance avec Lanthenas et Bosc qui ne reçoivent plus que des billets haletants. Mme de Sévigné avait mal à la poitrine de sa fille, Mme Roland écrit :

Nous avons ensemble fluxion de poitrine et fièvre bilieuse putride. Je savoure à longs traits la perte de ce que j’ai de plus cher au monde ; et, le sourire sur les lèvres, la mort dans mon cœur, je donne tout le jour des espérances que je n’ai plus. Plaignez-moi. Pleurez pour moi, car bientôt ma douleur ne connaîtra plus les larmes.

Au début de l’année, le ménage s’était décidément brouillé avec le chanoine Dominique qui exécrait les idées nouvelles.


Mon beau-frère, écrit Mme Roland, est plus prêtre, plus despote, plus fanatique et plus entêté qu’aucun des prêtres que vous ayez