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CHAPITRE II

M. ROLAND DE LA PLATIÈRE
(1775-1780)


« J’ai choisi Rousseau pour mon bréviaire, Plutarque pour mon maître et Montaigne pour mon ami. »
(Lettre de Manon Phlipon à Sophie Cannet.)


Un après-midi du mois de décembre 1775, Manon Phlipon, encore en deuil, était dans son petit cabinet et mettait la dernière main à une romance qu’elle avait composée sur la mort de sa mère. L’Héloïse tout ouverte était sur ses genoux et une lettre à Sophie, commencée depuis la veille, attendait sur la table.

La bonne, Mignonne, cogna à la porte vitrée et posa sur le pied du lit une lettre qu’un visiteur venait d’apporter :

Cette lettre te sera remise, écrivait Sophie Cannet, par le philosophe dont je t’ai quelquefois fait mention, M. Roland de la Platière, homme éclairé, de mœurs pures, à qui on ne peut reprocher que sa grande admiration pour les anciens aux dépens des modernes qu’il méprise, et le faible de trop aimer à parler de lui.

Un voyageur qui venait d’Amiens, un visiteur accrédité par Sophie, c’était une aimable attention du hasard dans ce jour de froidure et de solitude.

Sans réfléchir qu’elle était « en baigneuse » — car le négligé