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billon comparable à la balle qui vole dans la grange quand on bat le blé. Dans cette nuée noire, emportée rapidement, on avait cru distinguer de loin les vêtements de chanvre des moujiks.

Cependant le pomèchtchik, en prenant l’air sur son balcon, constata que l’atmosphère de ses domaines était devenue admirablement pure. Il en fut enchanté, et se dit : « À présent je m’en vais dorloter bien tranquillement ma précieuse personne. » Il commença donc à vivre bien à son aise, et il songea aux moyens de charmer son âme en même temps qu’il reposait son corps.

« J’établirai un théâtre chez moi, se dit-il. J’écrirai à l’acteur Sadovski[1], et il écrivit : « Viens, je t’en prie, mon cher ami, et amène des actrices. »

  1. Acteur célèbre à Moscou entre les années 1830 et 1850.