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« Mes amis, je ne peux m’empêcher de pleurer, c’est au-dessus de mes forces, » disait le malheureux ivrogne.

Et la foule de rire aux éclats et de se moquer de lui.

Elle ne comprenait pas que jamais il n’avait été aussi affranchi des vapeurs du vin qu’à ce moment-là, et qu’il avait tout bonnement fait une fâcheuse trouvaille qui lui déchirait le cœur. Si cette foule avait fait elle-même pareille trouvaille, elle aurait compris assurément qu’il est au monde une douleur, la plus cruelle de toutes, celle qu’on éprouve en trouvant inopinément la conscience. Elle aurait compris, cette foule, qu’elle-même était aussi difforme d’esprit, aussi abrutie que cet ivrogne qui se lamentait devant elle.

« Non, se disait le malheureux, il faut que je m’en défasse coûte que coûte, sinon c’est fait de moi. »