Page:Chtchédrine - Trois contes russes.djvu/45

Cette page a été validée par deux contributeurs.


aux iniquités qu’il avait commises, tout ce qui rappelait la flétrissure de son cœur. Son imagination revêtit tous ces détails de formes vivantes.

Le voilà réveillé de sa longue léthargie ; mais c’est pour se transformer en une sorte de tribunal et se juger lui-même. Tout son passé paraît au malheureux ivrogne comme un crime continuel, comme un perpétuel scandale. Il ne procède pas par interrogations, par examen, par analyse. Il est écrasé du premier coup en apercevant le tableau de sa chute morale, et il se sent mille fois plus puni par ce tribunal intérieur devant lequel il a comparu de son propre gré qu’il n’aurait pu l’être par le plus sévère tribunal humain.

Il ne veut même pas admettre, par atténuation, que la plus grande partie de ce passé pour lequel il se maudit ne dépendait pas de lui, infime et misérable ivro-